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23/02/2012

La version rimbaldienne de "Crimen Amoris"

Note modifiée le 23 février 2012

La Version Rimbaldienne de Crimen amoris

 

La Petite Revue de l’Indiscipline dans Parade Sauvage, 2011, N° 22 (Classiques Garnier, éditeur).

 

La version de Crimen amoris connue sous l’appellation de « la copie de Rimbaud ».

 

Dans le numéro de Parade Sauvage cité plus haut, Antoine Fongaro, dans ses Notes de lecture, rend compte de notre numéro 150 (automne 2006), qui porte pour titre principal : Verlaine, la destruction de l’enfer…et Rimbaud !

Voici des extraits de ce compte rendu :

« (…) Jean Donat aborde, sur nouveaux frais, le problème que cause le texte de Crimen amoris de la main de Rimbaud. Il pense que Rimbaud, loin d’être un copiste fidèle, a imprimé sa marque sur l’original et l’a modifié. (…) Et Jean Donat multiplie les rapprochements significatifs avec les textes de Rimbaud. Je ne les énumérerai pas, parce que tout le monde doit aller lire cet article. (…)

Il me semble que, sur la trace de Jean Donat, il vaudrait la peine de rouvrir le dossier de Crimen amoris. »

Selon Fongaro, Jean Donat verrait Rimbaud comme « l’être orgueilleux qui lance un dernier défi ». Le critique omet de dire que, dans les vers dus à Rimbaud, l’auteur montre l’orgueil de Verlaine, les travers de Verlaine, les erreurs de Verlaine, et, pour tout dire, la sottise de Verlaine : quand on est le jouet de ses pulsions, se prendre pour le bras qui va exercer la Justice Divine, est-ce bien malin ? Les vers remplacés, corrigés et rectifiés par Rimbaud sont une satire de Verlaine, présenté comme « le rossignol ».

A la destruction complète de l’enfer, imaginée par Verlaine, Rimbaud rajoute :

 

« Seul un rossignol chantait ».

 

Le « bois noir » de la pièce XVII de La Bonne Chanson suscite une fois de plus la raillerie de Rimbaud :

 

« Un petit bois agitait ses rameaux noirs ».

 

Par ailleurs, notons qu’au « désastre inouï » imaginé par Verlaine, Rimbaud oppose, à la fin d’Une Saison en Enfer, sa victoire :

« Car je puis dire que la victoire m’est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent. » etc.

Et, à la « campagne évangélique » du Crimen amoris de Verlaine, Rimbaud oppose les « splendides villes », également à la fin d’Une Saison en Enfer. L’auteur de cette œuvre est un partisan du Progrès, de la science et de la sagesse nouvelle, qui n’est certes pas celle de L’Ecclésiaste !

 

Sébastien 

Pour recevoir le numéro 150 de notre revuette, dont il est ici question, il suffit de nous envoyer 3,40 euros à l'adresse suivante:

Christian Moncel

B.P. 124

F42190 Charlieu

C.C.P. Lyon 1947-92D

(supplément pour l'envoi par avion).

Sébastien (24 janvier 2012). 

28/05/2008

L'Art de l'Esquive. Notre numéro 173, etc. Nos numéros 181 et 185, etc.

Histoires Littéraires et La Petite Revue de l'Indiscipline. (note mise en ligne le mardi 8 décembre 2009). (Note suivie d'une autre, rajoutée le 1er mai 2011)

 

Histoires Littéraires et La Petite Revue de l’Indiscipline

ou

L’Art de l’Esquive

___

 

Faut-il se féliciter de ce que, presque seule, semble-t-il, parmi les revues d’une certaine importance, Histoires Littéraires cite certains de nos numéros et en donne de petits comptes rendus ?

La manière la plus simple d’éluder l’indiscipline et les questions que nous posons dans notre revuette est évidemment de ne pas même tenir compte de notre existence. La manière d’Histoires Littéraires est plus subtile, et les rédacteurs de cette revue me semblent pratiquer, avec une certaine maestria, ce que j’appelle l’art de l’esquive.

Dernièrement, j’ai consulté leur site internet, et j’ai imprimé quelques-uns des comptes rendus qu’ils ont donné de nos travaux.

Voici ce que j’ai pu lire dans leur numéro 23 :

« Indiscipline. La Petite Revue de l’Indiscipline, n° 134, février 2005 (BP 124, F42190 Charlieu ; 40 p., 3,40 €). « Sébastien », qui signe la plupart des articles de cette « revuette », n’aime pas la « novPoésie » (de Queneau à Roubaud), mais l’ultra-sensibilité ne lui plaît guère non plus. Ses remarques sur ce sujet dérivent d’un débat avec une autre petite revue, Les Cahiers de l’Alba, à propos de la question de l’émotion chez Baudelaire, Musset, Rimbaud ou Breton. Ce dernier en ressort comme plus proche de Musset que de Rimbaud. Sébastien récidive dans « Ô Rolla ! », placé sous l’égide de Rimbaud. : « Musset est quatorze fois exécrable pour nous ». Il enfonce enfin le dernier clou du cercueil dans une « lettre ouverte à Alfred de Musset ». Maurice Hénaud polémique de son côté avec Le Coin de Table, accusé de récupérer Baudelaire. Bref : tout va bien dans le petit monde de la poésie. »

 

Nous appartiendrions au petit monde de la poésie, et eux, je le suppose, à je ne sais quel grand monde des revues dignes de ce nom. Faut-il penser que ces grands seigneurs nous font beaucoup d’honneur en nous citant, et que l’indiscipline elle-même devrait s’en montrer satisfaite ? Pour ma part, je ne vois pas quelle grandeur il peut y avoir à ne pas tenir compte des arguments avancés, et même à éviter de mentionner de manière précise les questions traitées.

Par le mot de polémique, Histoires Littéraires voudrait apparemment discréditer notre ami Maurice Hénaud, en se gardant bien de mentionner l’objet de la controverse et l’enjeu du débat. Le Coin de Table récupère Baudelaire parce que cette revue l’annexe à ce qu’elle appelle « la poésie du cœur », alors que Baudelaire a très clairement distingué le cœur de l’Imagination, la Reine des Facultés.

De même, plus haut, Histoires Littéraires a mentionné « la question de l’émotion chez Baudelaire, Musset, Rimbaud ou Breton », mais a évité soigneusement de dire que, selon nous, Baudelaire et Rimbaud défendent une conception fondée sur l’imagination, au contraire de Musset et Breton, qui confondent un peu trop la poésie avec l’émotion et l’amour.

Histoires Littéraires dit bien que nous n’aimons pas la « novPoésie » (de Queneau à Roubaud), non plus que « l’ultra-sensibilité ». Les mots d’aimer et de plaire permettent d’éviter de mentionner les arguments, et de faire oublier qu’il s’agit de critique. Et, là encore, Histoires Littéraires évite de citer le mot imagination, comme si cette dernière n’existait pas, et qu’il n’y avait pas d’autre choix possible que la sentimentalité ou le formalisme hyper-intellec­tualisant.

Pour Musset, je clouerais le dernier clou de son cercueil. Fort bien. Mais Rimbaud avait-il raison de critiquer Musset ? Histoires Littéraires ne semble pas tenir compte des arguments avancés, ni de toutes les allusions aux poèmes de Musset que le savant rédacteur aurait peut-être pu repérer dans ma Lettre ouverte.

La bonne volonté d’Histoires Littéraires n’est pas en cause, puisqu’ils mentionnent même notre numéro 150. Et voici comment :

« Indiscipline. La Petite Revue de l’Indiscipline, n° 150, automne 2006 (BP 124, F42190 Charlieu ; 40 p., 3,40 €). Le volume extraordinaire (quarante pages !) de ce numéro 150 s’explique en tant qu’il s’agit d’un numéro quadruple (selon le calcul de Guenarro Solvi, le chiffre 10 serait à ne dépasser en aucun cas pour une revue trimestrielle : on n’est pas étonné de voir l’indiscipline donner le mauvais exemple). S’agit-il pour autant de sujets légers ? Qu’on en juge : « Verlaine, la destruction de l’enfer… et Rimbaud ! » (Jean Donat) ; Rimbaud : des secrets pour changer la vie ? » (Maurice Hénaud). Et d’autres. » 

 

Les sujets traités sont sérieux, mais alors, pourquoi perdre quelques lignes dans des considérations sur le nombre de pages, sinon pour éviter de dire, par exemple, qu’il est question, dans l’essai de Jean Donat, de la prétendue « copie » que Rimbaud aurait donnée de Crimen amoris. Selon l’idée communément admise, Rimbaud aurait simplement recopié un poème de Verlaine. Mais l’original de cette prétendue copie n’existe pas, du moins pas pour toutes les strophes et tous les vers du poème. Jean Donat montre, avec des arguments sérieux, que Rimbaud a corrigé et remanié une version du Crimen amoris de Verlaine, pour la rendre plus conforme à ses propres conceptions. Si le sujet n’est pas léger, la manière dont le chroniqueur d’Histoires littéraires en rend compte ne ressemble-t-elle pas à un survol très rapide de la question traitée, et par temps de brouillard ?

Alors que d’autres revues nous ignorent complètement, Histoires littéraires mentionne ainsi nos numéros 161 et 165 :

« Rimbaud (1). La Petite Revue de l’Indiscipline, n° 161 et 162, septembre 2007 (B.P. 124, F42190 Charlieu ; 80 p., 3,40 € chaque). Ces deux fascicules sont, pour la quasi totalité, consacrés à une étude de Maurice Hénaud, « Rimbaud : des secrets pour changer la vie ? », récrivant une version antérieure déjà parue dans la même « revuette ». Fragments de l’interminable questionnement qu’opère tout lecteur d’Une Saison en Enfer. Beaucoup, beaucoup de citations. »  

 

Beaucoup de citations, peut-être, mais Histoires Littéraires semble éviter de se prononcer sur ce qui devrait paraître plus important : ces citations sont elles appropriées à la question traitée, et jouent-elles un rôle essentiel de preuves, ou ne figurent-elles là qu’à titre de décoration inutile ?

Quant au questionnement, Maurice Hénaud prétend rendre très claires les réponses que Rimbaud a données, dans Une Saison en Enfer, à la question, posée par Vierge folle, de « secrets pour changer la vie ». Pour ne pas alourdir cet article déjà long, je renvoie en particulier à la page 3 de notre numéro 161. Le mot questionnement, qu’emploie le chroniqueur d’Histoires littéraires ne lui permet-il pas d’éviter, habilement, certes, de mentionner les réponses apportées ?

J’arrive maintenant au compte rendu dans lequel Histoires Littéraires semble vouloir reconnaître partielle­ment nos mérites, mais malheureusement dans une catégorie non seulement petite, mais même minuscule : le bonsaï (Histoires Littéraires ou leur logiciel écrivent ce mot avec un z).

« Bonzaï. La Petite Revue de l’Indiscipline, n° 104, printemps 2003, Jacques Roubaud, numéro spécial (Christian Moncel, B.P. 124, F42190 Charlieu ; 22 p., 1,70 €). Dans son dernier numéro spécial et « supplément satirique » au précédent, entièrement rédigé par Sébastien, la « revuette » de poésie s’en prend à Jacques Roubaud. Le poète et ses thuriféraires sont étrillés avec une vacherie aussi rigolote que partiale, qui culmine dans un récit de rêve où le chroniqueur comparaît devant les juges des Enfers, qui le convainquent d’incompétence et d’ignorance. Néanmoins, et au risque de s’attirer les foudres de Sébastien, nous répétons avec certains de ses contradicteurs que sa notion de quête poétique véritable est du toc », dès lors qu’elle entend imposer un courant (la poésie versifiée, par exemple) contre d’autres, et surtout quand elle motive des attaques ad hominem immatures, comme tels jeux épigrammatiques sur le nom de Prigent et Roubaud dans des livraisons antérieures. Sur ce point, nous renvoyons aux chroniques déjà consacrées à la PRI ou au Coin de Table, mais pour quitter ce débat et aborder le travail de Moncel sous un autre jour, on gagnera à se reporter à l’essai d’Alain Dumaine sur Baudelaire et la Réalité du Mal, notamment à la page 25, où l’éditeur s’avoue « inventeur de destins » : il crée, comme Pessoa, des hétéronymes, dont Alain Dumaine, et, si nous comprenons bien, Sébastien et Maurice Hénaud. Dans cette construction énonciative complexe, le discours des uns et des autres devient décalé, et les partis pris ou l’aspect monologique des affirmations demandent, sans doute, à être davantage suspectés par le lecteur. »

 

Le numéro Jacques Roubaud (104) serait-il le seul numéro pour lequel nous n’aurions pas perdu complètement notre peine ? Le Chroniqueur de Poésie au Tribunal des Enfers est peut-être une de mes meilleures satires, je ne vais pas me donner le ridicule de contredire Histoires Littéraires sur ce point, mais j’éprouve une certaine gêne quand je pense aux œuvres de Jean Donat et de Maurice Hénaud publiées dans notre revuette, et qui dépassent de beaucoup les miennes, et dans des genres plus difficiles.

Le reproche d’immaturité semble m’être lancé de façon à me faire réagir.

Aurais-je paru intellectuellement et poétiquement mûr, si j’avais déclaré : « Roubaud est l’égal de Rimbaud » ? Et fallait-il écrire : « Christian Prigent est intelligent à cent pour cent » ? Mais de qui pourrais-je le dire ? Moi-même, je le suis tout au plus à 99 pour cent, parce qu’il me manque peut-être une case, je le reconnais bien volontiers. Mais j’attire tout de même l’attention des rédacteurs d’Histoires Littéraires sur les 99 autres.

Il est vrai qu’Histoires Littéraires ne craint pas de mentionner Alain Dumaine, et son essai Baudelaire et la Réalité du Mal, que notre revuette diffuse. Pessoa, les hétéronymes, et le dialogue de divers personnages, tout cela est fort bien. Mais, comme le rédacteur du compte rendu ne parle pas du reste, ne donne-t-il pas l’impression de vouloir éluder les questions soulevées par l’essai d’Alain Dumaine ?

La dédicace des Paradis artificiels est-elle inintel-ligible, comme le prétendent les critiques biogra­phiques, parce que la question de l’identité de la dédicataire n’a pas reçu de solution ? et que seule l’identité de la dédicataire permettrait de comprendre le texte de la dédicace ? – Ou bien la signification du texte de la dédicace se trouve-t-elle dans le texte même de la dédicace, si l’on est capable de le comprendre ? (C’est la conception que soutient Alain Dumaine, arguments à l’appui).

Une deuxième question est peut-être encore plus importante. Baudelaire laisse entendre que comprendre la raison de la dédicace, c’est comprendre Les Paradis artificiels, ainsi que ses autres livres. A l’inverse, qui ne comprend pas la raison de la dédicace ne saurait, si nous suivons le raisonnement de Baudelaire, bien saisi par Alain Dumaine, ni comprendre Les Paradis artificiels, ni même peut-être « un livre quelconque » !

Peut-on comprendre Les Paradis artificiels et les autres œuvres de Baudelaire sans comprendre la dédicace des Paradis artificiels ? C’est en somme le questionnement que les rédacteurs d’Histoires Littéraires, et plus généralement ceux qui se mêlent d’écrire sur Baudelaire, devraient méditer. Mais peut-être ne le veulent-ils pas, et préfèrent-ils se contenter de mentionner La Petite Revue de l’Indiscipline, tout en négligeant de se soucier des contenus de nos publications.

 

Éluder les questions, serait-ce la bonne façon de rendre l’indiscipline inopérante, et de se maintenir dans la grandeur ?

 

*

 

J’ai montré mon article à Maurice Hénaud pour avoir son avis. Après l’avoir lu, il m’a dit : « Je ne suis pas certain que cet article servira à quelque chose. Tu énonces quelques vérités, c’est vrai, mais l’article est trop long. A ta place, je ne publierais dans un premier temps que ce qui se rapporte au compte rendu relatif à l’essai de Jean Donat : Verlaine, la destruction de l’enfer…et Rimbaud ! Il faut faire court. Crois-tu que les gens en général, et même les rédacteurs d’Histoires Littéraires, aient beaucoup de temps à perdre avec un bavard tel que toi ?

Trop long ? Mais j’ai déjà supprimé toute la partie relative à la prétendue partialité et à l’Anthologie de la Poésie Française dans la Pléiade !

Eh bien, dans ce cas, continue, continue, continue, il faut peut-être que l’indiscipline continue jusqu’à la fin des temps !

          – En attendant, permets-moi d’aller me coucher, car, après la fatigue que m’ont donnée la rédaction et la mise au net de mon article, j’ai besoin de repos. »

 

Sébastien

 

____

Note du 1er mai 2011

Inédit Nouveau (av. Chant d'Oiseaux, 11, - B 1310 La Hulpe, Belgique) et Paul Van Melle rendent compte de nos numéros 181 et 185 de la manière suivante:

"Je prends l'occasion de La Petite Revue de l'Indiscipline 181 et 185 pour compenser un peu (qu'il ne traite pas souvent de psychanalyse) grâce à Michel Valtin, qui parle excellemment de Freud pour "la conquête de la biographie" et "Freud et Léonard". Impossible d'être plus franc en préférant, ô honte, Rousseau, Nerval, Poe, Goethe et Montaigne au Viennois. "Suffirait-il de rajouter le génie à tel ou tel névrosé pour obtenir un Léonard?" Quelle bonne question! Et quand Léonard se revendique de la seule expérience en réponse aux critiques l'accusant de contredire certains pontes, je jubile. Et ce rappel de Montaigne quand Freud veut "tout reconstruire conformémént à sa pensée"! Bravo Valtin, de la part d'un ignorant."

Merci de ce compte rendu. Précisons toutefois que les critiques que Michel Valtin propose au sujet de Freud se rapportent à des points particuliers, et ne sont absolument pas un rejet global de toutes les conceptions de l'inventeur de la psychanalyse.   

Notre numéro 173, Qu'est-ce que le don artistique ? (avril 2009)

Paul Van Melle écrit au sujet de notre dernier numéro (dans Inédit Nouveau, av. Chant d'Oiseaux, 11, - B 1310 La Hulpe, Belgique) :

"J'ai toujours bien aimé La Petite Revue de l'Indiscipline et son n° 173 me confirme que cette équipe étrange (pleine de pseudonymes et de masques) est une des meilleures chances de réfléchir loin et profond dans des tas de domaines littéraires et paralittéraires. Question : "Qu'est-ce que le don artistique ?", mais que la réponse est difficile, surtout si l'on ajoute "critique des conceptions de Freud". (...) on sait déjà que la psychanalyse n'est pas vraiment ma tasse de thé" (...) C'est dire que la contradiction doit me plaire. Par exemple lorsque Freud écrit qu'"en germe, l'artiste est un introverti qui n'est pas loin de la névrose". Valtin s'insurge : "Freud ne se fait-il pas une représentation complètement fausse de l'artiste ? De quel type d'artiste parle-t-il ? Les acteurs et les actrices de théâtre sont-ils des introvertis ? De même que le peintre étudie les aspects que présentent la nature, les animaux, ainsi que les attitudes, les mouvements du corps et les expressions du visage des êtres humains, le romancier ne tourne-t-il pas son regard vers le monde et le spectacle du monde ? Balzac et Voltaire sont-ils, en germe, des introvertis ?" On ne pouvait me faire plus plaisir ! Quant aux poèmes de Gabriel Le Gal et Alain Crozier, ils sont parfaitement convaincants dans leur abord très réaliste et direct."

Michel Valtin s'est dit très heureux d'avoir fait plaisir à Paul Van Melle. Peut-être faut-il toutefois ajouter qu'il ne voudrait pas être rangé dans la catégorie des opposants à Freud. Michel Valtin ne conteste pas l'apport de Freud à la compréhension des névroses (voir p. 4 de ce numéro). Il ne conteste pas non plus radicalement l'importance accordée par Freud à la petite enfance pour le développement de l'être humain (p. 6). Ni non plus l'analyse que Freud fait de la rêverie (voir p. 20). Il ne s'agit pour  Michel Valtin que de critiquer les conceptions de Freud sur certains points précis, comme ceux qui sont relatifs à ce que Freud appelle "le don artistique". 

Dans son numéro de novembre 2008, Le Coin de Table (11 bis rue Ballu, 75009 Paris) écrit au sujet de notre numéro 169 :

"Après des poèmes de Gabriel Le Gal, deux articles de Maurice Hénaud à partir des Marchands de Sommeil du philosophe Alain (1904) et d'un récent article à ce sujet de Louis Van Delft, le tout sur l'enseignement. Tout cela n'est pas très clair, mais a le grand mérite d'inciter à relire Alain, exemple, hélas si rare, d'un professeur éminent sachant écrire des choses essentielles lisibles par tous."

Ce qui n'est pas très clair, pour Le Coin de Table, serait-ce qu'Alain tenait à ses élèves le langage de la raison et de l'intelligence, non celui de la sentimentalité ?

Dans un article de notre numéro 164, L'émotion en poésie !, article intitulé "La poésie du coeur !". Le Coin de Table récupère Baudelaire, Maurice Hénaud a critiqué fermement, rappelons-le, la déclaration suivante du Coin de Table :

"La poésie que nous aimons parce qu'elle nous touche, c'est encore et toujours celle qui suscite en nous l'émotion. celle que symboliquement nous appelons la poésie du coeur."

Maurice Hénaud répondait notamment ainsi :

"Baudelaire distingue expressément la sensibilité de coeur et la sensibilité de l'imagination :

"La sensibilité de coeur, écrit-il, n'est pas absolument favorable au travail poétique. Une extrême sensibilité de coeur peut même nuire en ce cas." 

La sentimentalité peut nuire à l'exercice de l'intelligence, y compris dans le travail poétique. Est-ce suffisamment clair ? 

Maurice Hénaud s'efforce lui aussi d'écrire des choses essentielles lisibles par tous, et, je l'espère, compréhensibles par tous (du moins lorsqu'il s'agit de l'enseignement et d'Alain). Il écrit dans notre numéro 169 :

"Le rôle spécifique du professeur de littérature française, de langues, d'histoire ou de philosophie, c'est donc, selon moi, la formation de l'esprit et de l'intelligence.

La famille et l'entourage des élèves (dans certains cas le curé, le pasteur, l'imam ou le rabbin) tenteront de leur transmettre telle religion ou telle croyance. Alain tenait aux éléves un autre langage :

"Anaxagore disait : "Tout était confondu ; mais l'intelligence vint, qui mit tout en ordre" ; c'est vrai. En chacun de vous, à mesure qu'il s'éveille, l'intelligence vient ; (...) Ne vous lassez pas d'examiner et de comprendre."

Pas davantage qu'Alain, Maurice Hénaud ne tient à ses lecteurs le langage de la sentimentalité.

Sébastien.

 

Voici ce que dit Paul Van Melle, dans Inédit nouveau, de notre numéro 169 :

"Après cette décharge de mon adrénaline, je me suis consolé en prenant un plaisir sans mélange à la lecture d'un minirecueil de poèmes de Gabriel Le Gal, exception dans les articles de réflexion de La petite revue de l'indiscipline 169. Dans ce bulletin c'est une véritable mutation, car les textes de création ne font pas partie des principes de la publication. Mais comment auraient-ils pu refuser des textes de cette qualité ? Cela me fait penser à la trahison de nos principes lorsque nous acceptons de publier des espoirs pleins de bonne volonté ! Dans la même livraison, Maurice Hénaud s'attaque à l'enseignement tel que le critiquait Alain dans son ouvrage "Les Marchands de Sommeil" en 1904. Rien à voir avec les proprios de taudis d'aujourd'hui, mais tout de commun avec les dérives actuelles de l'"Education Nationale". Que voilà qui devrait inspirer feu nos instits et profs belges ! (BP 124, F42190 Charlieu)"

(Inédit nouveau, 223, Paul Van Melle, 11, avenue Chant d'oiseaux, B1310 La Hulpe).

N.B. Je suppose que c'est "les successeurs de feu nos instits et profs belges", que Paul Van Melle a dû vouloir dire, car les instits et profs belges n'ont pas tous disparu, je l'espère. (M.H.)

29/10/2007

La valeur instructive d'Une Saison en Enfer

La valeur instructive d'Une Saison en Enfer

Dans Inédit nouveau (11, av. Chant d'Oiseaux, B1310 La Hulpe, Belgique), Paul Van Melle écrit à propos de notre revuette :

"Les numéros 161 et 165 sont une étude complète de Maurice Hénaud, qui ne cesse de s'interroger : "Rimbaud : des secrets pour changer la vie ?" et ne donne pas vraiment des réponses. (...) L'image qui me reste de Rimbaud après cette lecture va me permettre de relire le poète avec des yeux neufs. N'est-ce pas l'essentiel ? (...)"

Il me paraît clair, au contraire, que Maurice Hénaud apporte des réponses, incomplètes, peut-être, mais assurément des réponses. Voici des extraits de sa conclusion (numéro 165, pages 70 et 71) :

"En voyageant dans les rêves, en croyant à tous les enchantements, en perdant la foi en l'histoire, Rimbaud n'a pas changé la vie ; en faisant usage de sa "baguette magique", non seulement il n'a pas changé "les lois et les moeurs", mais, au contraire, grâce à ses "sophismes magiques", il a réussi à sombrer, pendant une période, dans "la folie qu'on enferme". "Mûr pour le trépas", il a échappé de peu à ce destin prématuré. Non seulement il n'a pas réinventé l'amour, mais il a encore réussi à "aimer un porc" !

(...)

Sa jeunesse aimable, héroïque, fabuleuse, à écrire sur des feuilles d'or, n'aboutit, selon lui, qu'aux "hideux feuillets" de son "carnet de damné". N'en déplaise à Verlaine et à quelques autres, il faut en considérer la valeur instructive.

Le renoncement à la crédulité et à la religion, le progrès des sciences et de la philosophie, la marche des peuples, les tyrans mis en fuite, le travail humain, le développement et la mise en oeuvre de toutes les facultés humaines ("le coeur, l'âme, l'esprit"), le renoncement au mensonge et à l'erreur, la recherche de l'amour vrai, la poursuite de la vérité, voilà de vrais moyens et de vrais secrets pour, dans une certaine mesure, changer la vie. "

Ces réponses, remarquons-le, ne vont ni dans le sens de Verlaine, ni dans le sens de Claudel, et fort peu dans le sens d'André Breton.

Sébastien.