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26/02/2007

Soir historique, de Rimbaud (II)

Soir historique, de Rimbaud (II). Maurice Hénaud a corrigé (26 février 2007) les extraits du chapitre (donnés plus bas sur ce blog, à la date du 25/8/06) sur Soir historique, afin de les rendre dans l'ensemble plus proches de la version complète qui sera publiée dans un prochain numéro de notre revuette (dans 2 mois peut-être).

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26/12/2006

Rimbaud et le mythe

Dans Rimbaud, la vision et l'inconnu (donné à lire plus loin), je commence à publier (le 26 décembre 2006), en guise de suite, l'extrait d'article : Le génie de Rimbaud est-il un mythe ? et Rimbaud aurait-il lu les poètes de son siècle sans faire preuve d'esprit critique ? Le 30 décembre 2006, j'ai rajouté un paragraphe.

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Rimbaud, la vision et l'inconnu

Rimbaud, la vision et l'inconnu, de Maurice Hénaud

I. Rimbaud, la vision et l'inconnu dans Les Illuminations 

Pour la compréhension de Rimbaud et de son entreprise (du printemps 1871 au renoncement à la poésie), les lettres du 13 et du 15 mai 1871, dites du voyant, nous paraissent fondamentales. Il n'est peut-être pas inutile que nous le fassions voir une fois encore, en résumant les aboutissements principaux des questions abordées dans ce blog, relativement aux Illuminations (cela suffira pour le moment).

Selon Antoine Fongaro, toujours les textes d'Illuminations "parlent de la réalité concrète, vécue, historique, scientifique". - La réalité vécue, mais par qui ? Par Rimbaud, je pense.

Dans Les Illuminations, il est question notamment de la vision au sens baudelairien (c'est-à-dire de la vision de l'inconnu) et du renoncement à cette vision. Qu'on se reporte aux démonstrations que nous nous sommes efforcé d'apporter : Matinée d'ivresse (l'ivresse d'un haschischin), Mouvement (le saut et le voyage dans l'inconnu), Guerre (une guerre pour la conquête de l'inconnu), A une Raison (faut-il "être toujours ivre", comme l'affirme Baudelaire, pour "cribler les fléaux, à commencer par le temps" ?), Solde (la mise en vente, par les voyageurs de l'inconnu, des richesses de la poésie), Soir historique (une vision esclave, c'est-à-dire esclave de l'opium), Vies, II (le scepticisme qui succède à la foi au poison - haschisch et opium), Départ (le renoncement aux visions). 

Il ne s'agit que d'extraits ou de brouillons d'articles, mais nous en avons repris quelques-uns, dans notre numéro 150, pour leur donner une forme plus précise et moins barbare. Quant aux autres, nous les reprendrons pour leur donner un développement encore plus rigoureux et plus précis dans notre ouvrage : Rimbaud : des secrets pour changer la vie ?

II. Rimbaud et le renoncement aux poisons dans Une Saison en Enfer (rajouté le 16 décembre 2006)

Dans Une Saison en Enfer, Rimbaud renonce aux "élans mystiques" qui le transportaient aux "splendeurs invisibles"accessibles au voyant (voir ici notre extrait d'article : Rimbaud et Baudelaire, un vrai Dieu, août 2006), il renonce aux hallucinations simples et à l'hallucination des mots qu'il recherchait lorsqu'il voulait se faire voyant (voir ici notre extrait d'article L'Hallucination simple), il renonce à la confusion de l'imaginaire et du réel et aux sophismes du haschisch (voir notre extrait d'article Rimbaud, Délires II et l'inconnu), il renonce au bon sens baudelairien et à l'amour exclusif du Beau (voir ici Rimbaud, Hugo et le bon sens) qui justifiaient pour lui le recours aux poisons, haschisch et opium, et le rejet de la morale et de l'action ("l'action n'est pas la vie, mais une façon de gâcher quelque force, un énervement. La morale est la faiblesse de la cervelle." - Délires II), il renonce à "une fatalité de bonheur", c'est-à-dire au prétendu "grand secret du bonheur" évoqué par De Quincey (III. Voluptés de l'opium) : voir nos extraits d'articles publiés ici (en août 2006) : Rimbaud et l'inconnu et surtout Rimbaud, le bonheur et la morale. - Maurice Hénaud.

III. La lettre dite du voyant

La lettre dite du voyant, expression du génie, ou de la prétendue sottise et de la prétendue vantardise de Rimbaud ?

(page en cours de transfert).

1. Rimbaud juge le romantisme avec son propre esprit critique.

Assez étrangement, Antoine Fongaro semble préparer, pour les lettres dites du voyant, un enterrement de dernière catégorie. Dans la conclusion de son livre De la lettre à l'esprit, Pour lire Illuminations (Honoré Champion, Paris, 2004, pages 425 à 427), il se livre en effet à un déni radical de ce que Rimbaud écrit dans ces lettres.

"1. D'abord, dans les textes d'Illuminations, je n'est pas un autre."

"2. (...) Dans les textes d'Illuminations, Rimbaud n'inspecte pas l'invisible et n'entend pas l'inouï (contrairement à ce qu'il dit du poète dans la lettre du 15 lmai 1871)."

"4.(...) Rimbaud n'est pas le bois qui se trouve violon, ni le cuivre qui s'éveille clairon, (...)"

"Que devient alors, écrit Fongaro, la trop fameuse lettre du 15 mai 1871 ? Il s'agissait pour l'adolescent (Rimbaud n'a pas encore 17 ans) d'époustoufler son correspondant. D'où un salmigondis d'idées et de formules prises un peu partout : chez Baudelaire, Hugo, Verlaine 'le prologue des Poèmes Saturniens), Michelet (...)"

- Ah oui ! Et où Rimbaud a-t-il pris : "Je est un autre" ?

Où a-t-il pris : "On n'a jamais bien jugé le romantisme" ? Chez les critiques, peut-être ? Chez les romantiques ?

Ecoutons Rimbaud :

"On n'a jamais bien jugé le romantisme ; qui l'aurait jugé ? Les critiques !! Les romantiques, qui prouvent si bien que la chanson est si peu souvent l'oeuvre, c'est-à-dire la pensée chantée et comprise du chanteur ?"

Rimbaud n'a pas pris sa pensée chez les critiques, ni chez les romantiques : elle est le produit de son propre esprit critique.

"Je lance un coup d'archet, écrit Rimbaud : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d'un bond sur la scène." Si elle fait son remuement dans les profondeurs, il faudra peut-être de nombreux coups d'archet avant qu'elle vienne au jour. Mais c'est justement parce que JE est un autre, que la conscience peut se distinguer des productions de l'esprit (Rimbaud dit : du Moi), et les juger de manière critique.

Les romantiques n'ont pas compris que JE est un autre. Ils ont donc mêlé leur JE, leur personnalité subjective, à la pensée de leur Moi.

Fongaro prétend réduire à néant l'esprit critique dont Rimbaud fait preuve dans sa lettre à Paul Demeny.

"D'abord, dans les textes d'Illuminations, je n'est pas un autre. C'est bien Arthur Rimbaud qui est l'auteur de ces textes. Avec sa personnalité (...)"

Il se pourrait que, selon Rimbaud, la personnalité soit une entrave à la création poétique, un facteur de perturbation, qu'elle vienne la fausser. Il juge Hugo "trop cabochard". C'est un trait de personnalité. Selon lui, Musset est un paresseux. C'est un trait de personnalité. Déjà Baudelaire estimait que cet élément de la personnalité qu'il désigne par "la sensibilité de coeur" "n'est pas absolument favorable au travail poétique", et qu'"une extrême sensibilité de coeur peut même nuire en ce cas". (Voir à ce sujet notre numéro 134, L'émotion en poésie !)

Pour que le Moi poétique puisse pleinemlent s'exprimer, il faut, selon Rimbaud, que la personnalité n'intervienne pas, et se contente d'être une pure conscience critique.

Selon Fongaro, "loin d'être une Pythie délirant sous l'inspiration mystérieuse, Rimbaud, savant dans les techniques poétiques, et maître des ressources de son art, est un écrivain hors pair, connaissant clairement le but qu'il vise et les moyens pour y parvenir." Affirmer que, dès le début de la composition, Rimbaud connaît clairement le but qu'il vise, c'est réduire à rien tout le travail de conception.

Jamais Rimbaud n'a parlé de "techniques poétiques". Qu'est-ce que cette image du poète qui connaît clairement son poème avant de l'avoir écrit, et qui se borne à appliquer des "techniques poétiques" pour le mettre en mots ? Pour Rimbaud, "la symphonie fait son remuement dans les profondeurs", au début de la composition, elle n'est donc pas encore clairement connue. D'autre part, loin que la parole soit un moyen d'exprimer une pensée, Rimbaud dit qu'une parole est une pensée. Il insiste sur l'identité entre la parole et la pensée, et sur la correspondance à obtenir entre la parole à trouver et la pensée cherchée.

"J'assiste à l'éclosion de ma pensée", écrit Rimbaud. Fongaro, lui, a les poèmes de Rimbaud éclos devant les yeux, et il s'imagine que Rimbaud les a fait éclore par des "techniques poétiques". Mais il n'a pas vu la pensée de Rimbaud éclore, contrairement à Rimbaud lui-même !

Au sujet de la pensée de Rimbaud dans les lettres dites du voyant, on peut se reporter à l'essai d'Alain Dumaine : Rimbaud ou l'Avenir de la Poésie, publié par notre revuette, essai que Fongaro lui-même avait d'ailleurs semblé approuver en grande partie !

2. Rimbaud a lui-même assisté à l'éclosion de sa pensée.

Selon Fongaro, "il n'y a, dans les textes d'Illuminations, aucune "voyance" au sens métaphysique, aucun "hypernaturalisme", aucun "surréalisme". D'accord, sauf peut-être sur le terme d'hypernaturalisme, non défini.

Mais Rimbaud s'est voulu, avant d'y renoncer, voyant au sens baudelairien (voir, dans notre numéro 150, mon chapitre Rimbaud et l'exploration de l'inconnu, ainsi que La Voix, de Baudelaire).

Fongaro le nie : "Dans les textes d'Illuminations, Rimbaud n'inspecte pas l'invisible et n'entend pas l'inouï (contrairement à ce qu'il dit du poète dans la lettre du 15 mai 1871). En réalité, il emploie le mot "voyant" au sens qu'il avait chez les poètes et les écrivains de son époque, et dont la définition la plus claire a été donnée par Gautier dans sa préface pour Les Fleurs du Mal en 1868 (...)". Pourtant, Fongaro remarque dans une note que Rimbaud affirme : "Baudelaire est le premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu". Gautier n'a donc pas, selon Rimbaud, été voyant aussi absolument et profondément que Baudelaire. Si, selon Rimbaud, Gautier avait mieux compris que Baudelaire ce que c'est qu'être voyant, et se faire voyant, pourquoi Rimbaud ne l'aurait-il pas dit ? Et pourquoi aurait-il dit tout le contraire ?

Fongaro affirme que l'expérience de Rimbaud était "forcément limitée". C'est vrai, et Rimbaud, au moment de la lettre du voyant, n'avait, en particulier, pas beaucoup l'expérience des poisons. Avec un peu plus d'expérience, il s'apercevra que sa foi au poison était un délire (voir Délires II et Vies, II). Que Rimbaud ait quelque peu déliré (ou même fortement déliré) sur ce point, ne suffit pas à réduire à néant tous les produits de son intelligence et de son génie, et en particulier la lettre à Paul Demeny.

Inversement, que Fongaro ait beaucoup d'expérience (encore qu'il n'ait pas assisté à l'éclosion de la pensée de Rimbaud !), qu'il ne délire pas relativement aux poisons, que même il tienne avec raison certaines interprétations au sujet de Rimbaud pour des "sornettes", suffit-il à faire de lui un critique qui ne commettrait pas d'erreurs, et qui aurait parfaitement raison, en particulier, de passer la lettre dite du voyant à la trappe ?

Maurice Hénaud (à suivre). Suite publiée le 26 décembre 2006 :

Suite. Le génie de Rimbaud est-il un mythe ? Et Rimbaud aurait-il lu les poètes de son siècle sans faire preuve d'esprit critique ? (par Maurice Hénaud)

Après Etiemble, Fongaro s'en prend au "mythe de Rimbaud". Personnellement, tout en approuvant Etiemble d'avoir critiqué Claudel et beaucoup d'autres, je ne parle pas de mythe, mais de récupération. Il y a récupération quand quelqu'un déforme la pensée d'un auteur au point de la remplacer par sa propre pensée, et de la faire servir à ses propres fins, toutes différentes, voire opposées. Dans Claudel récupérateur de Rimbaud (notre numéro 140), j'ai montré à quel poinr l'auteur de La Messe là-bas avait remplacé la pensée de Rimbaud par la sienne propre : au point de calquer la prétendue conversion de Rimbaud au catholicisme sur sa propre conversion ! et de prendre Rimbaud, un des plus grands adversaires du christianisme qui aient jamais existé, pour un prophète anti-positiviste !  - Qu'André Breton ait récupéré Rimbaud ("Rimbaud est surréaliste dans la pratique de la vie et ailleurs", écrit-il dans son premier Manifeste), c'est assez évident, mais je ne sais si je prendrai un jour le temps et la peine d'analyser cette récupération plus en détail.

"Peut-on espérer, demande Fongaro, qu'après un siècle d'études, de discussions, de confrontations, le mythe de Rimbaud disparaisse ? La mauvaise herbe repousse toujours", etc.

Fongaro voudrait-il être le nouvel Attila, après le passage duquel la mauvaise herbe ne repousse plus ?

Le génie de Rimbaud est-il un mythe ?

Fongaro affirme que Rimbaud écrit "avec une vue pénétrante de l'état social et politique de son époque, et une nette prise de position sur ce point". Rimbaud ferait donc preuve d'esprit critique en ce domaine. Il écrirait aussi "avec ses connaissances littéraires extraordinaires, en particulier des poètes contemporains". Faut-il comprendre qu'au moment où il écrit la lettre dite du voyant, Rimbaud n'aurait que des "connaissances extraordinaires" en poésie, mais qu'il n'aurait pas lu les poètes de son siècle avec suffisamment d'esprit critique, puisque, selon Fongaro, il n'a pas encore 17 ans, et se contente de chercher à époustoufler son correspondant par "un salmigondis d'idées et de formules prises un peu partout" ?! - "Les critiques!!", comme disait Rimbaud.

Selon Fongaro, Rimbaud aurait été "formé par sa famille (bourgeoise)". Rimbaud a vite contesté la valeur de cette prétendue formation :

"Singes d'hommes tombés de la vulve des mères,

Notre pâle raison nous cache l'infini."

A cette "pâle raison", il oppose la foi en Vénus et la Pensée (Credo in unam)

Selon Fongaro, Rimbaud écrirait encore "avec son imagination géniale, qui lui permet d'"inventer" (comme il dit), par exemple, la couleur des voyelles". C'est réduire à bien peu de chose l'imagination, la reine des facultés, qui, selon Baudelaire, "contient l'esprit critique". Fongaro met le mot inventer entre guillemets. Faut-il comprendre que, selon lui, il ne s'agit pas d'une véritable invention, et que les poètes sont des "faiseurs" comme le prétendait Etiemble ?

(...) Rajout (le 30 décembre 2006). A rajouter dans Suite. Le génie de Rimbaud est-il un mythe ?, entre le paragraphe qui commence par "Après Etiemble" et celui dont le début est : "Peut-on espérer, demande Fongaro..." :

D'ailleurs, l'analyse, d'ordre sociologique, du mythe, m'intéresse assez peu. Ce qui m'intéresse, c'est l'analyse psychologique des écrits relatifs à Rimbaud dus à la plume de sa soeur ou de Claudel, par exemple. En faisant semblant de se convertir, Rimbaud donne à sa soeur "le plus beau jour de sa vie". Pour Claudel, la prétendue conversion de Rimbaud est l'analogue de sa propre conversion. Les deux cas sont donc différents, même s'il s'agit, dans l'un et l'autre cas, d'une récupération chrétienne. 

(...) Suite (30 décembre 2006) "Aucun délire, aucune ivresse, aucun effet onirique, affirme Fongaro, dans les textes d'Illuminations, mais réflexion sur le thème abordé et calcul sur les moyens d'expression." 

Le rôle de la réflexion dans la création poètique est important, certes, mais Fongaro lui accorde toute la place, et aucune à d'autres éléments essentiels. La réflexion ne peut intervenir qu'après la production d'un certain nombre d'idées. Le joueur d'échecs moyen aura beau réfléchir longtemps, il ne produira pas la combinaison gagnante, que trouvera le grand maître. De même le poète moyen ne trouvera pas pour son poème la conception qui en ferait une oeuvre de génie, fût-il pourvu d'une grande sensibilité de coeur, et se frappât-il le coeur avec autant de conviction que Musset !

Fongaro écrit :"(...) outre le fait que tout oeuvre importante est d'abord mythifiée (ce fut le cas même des Méditations de Lamartine), il est constant que peu à peu les lecteurs passent à une réception "à froid", où la réflexion remplace l'emballement, la réflexion l'imagination, où on lit le texte tel qu'il est."

L'imagination véritable, la faculté créatrice par excellence, se distingue radicalement de l'emballement, d'un enthousiasme de pacotille, de l'ivresse du coeur et des élans de passion ; emballement qui n'aboutit qu'à l'aveuglement, et à des oeuvres mauvaises ou même, selon Rimbaud, "quatorze fois exécrables", comme Rolla, Namouna, ou La Coupe et les Lèvres. - La réflexion et même la raison ont leur rôle à jouer, mais seulement comme auxiliaires (ou comme des parties intégrantes) de l'imagination, la reine des facultés. La réflexion et la raison seules, sans la sensibilité de l'imagination, seraient insuffisantes pour apprécier les oeuvres poétiques.

Selon Fongaro, Rimbaud aurait moins de génie qu'on ne lui en suppose, et s'il y a un moment où Rimbaud n'a pas montré le moindre génie, c'est, selon lui, lorsqu'il a écrit la lettre dite du voyant : "Que devient alors la trop fameuse lettre" etc. (phrase déjà citée).

Au contraire, d'après moi, c'est le génie de Musset qui est un mythe, comme l'ont bien vu Baudelaire dans sa grande étude sur Théophile Gautier, Rimbaud dans sa lettre à Paul Demeny, et comme Sébastien et moi-m^me nous sommes efforcé à nouveau de le faire voir. Je renvoie encore une fois à notre numéro 134, L'émotion en poésie ! 

Fongaro met en avant "la réflexion sur le thème abordé". C'est un langage de professeur. Antérieurement à la conception, quelque chose est nécessaire au vrai poète : les sources d'inspiration. (Ecartons Musset, qui confond la création poétique et l'amour, ou plutôt qui ne connaît que "l'amour, le seul bien d'ici-bas" ! La femme, déclare Baudelaire dans la dédicace des Paradis artificiels, est source de voluptés naturelles, mais aussi, pour le poète, une source de voluptés artificielles, de jouissances poétiques ; tout comme le haschisch et l'opium. On a accusé (est-ce entièrement à tort ?) Edgar Poe de trouver en partie la source de son inspiration

"Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange".

Dans la lettre dite du voyant, Rimbaud affirme que le poète qui veut se rendre voyant "épuise en lui tous les poisons pour n'en garder que les quintessences".

Ce n'est pas très conforme à la morale habituelle, mais, à la fin d'Une Saison en Enfer, Rimbaud donne à son aventure une conclusion morale :

"Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! paysan !"

Privée de sources d'inspiration, et Rimbaud ne pouvant ou ne voulant pas en trouver d'autres, la verve du poète s'est tarie.

La raison, la réfllexion et les "techniques poétiques" suffiraient-elles à faire un poète ? Les poètes ne seraient-ils que des faiseurs ? Ou bien un certain nombre d'études savantes ne tendraient-elles pas à récupérer Rimbaud au profit de la raison et de la réflexion, des "techniques poétiques" (et finalement de leur propre manière de comprendre ou de traiter la poésie), en laissant de côté d'autres éléments, comme la conception, la sensibilité de l'imagination, l'amour du Beau, ou encore les sources d'inspiration ?

Maurice Hénaud. 

  

(à suivre, éventuellement)

 

 

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