28/05/2008
L'Art de l'Esquive. Notre numéro 173, etc. Nos numéros 181 et 185, etc.
Histoires Littéraires et La Petite Revue de l'Indiscipline. (note mise en ligne le mardi 8 décembre 2009). (Note suivie d'une autre, rajoutée le 1er mai 2011)
Histoires Littéraires et La Petite Revue de l’Indiscipline
ou
L’Art de l’Esquive
___
Faut-il se féliciter de ce que, presque seule, semble-t-il, parmi les revues d’une certaine importance, Histoires Littéraires cite certains de nos numéros et en donne de petits comptes rendus ?
La manière la plus simple d’éluder l’indiscipline et les questions que nous posons dans notre revuette est évidemment de ne pas même tenir compte de notre existence. La manière d’Histoires Littéraires est plus subtile, et les rédacteurs de cette revue me semblent pratiquer, avec une certaine maestria, ce que j’appelle l’art de l’esquive.
Dernièrement, j’ai consulté leur site internet, et j’ai imprimé quelques-uns des comptes rendus qu’ils ont donné de nos travaux.
Voici ce que j’ai pu lire dans leur numéro 23 :
« Indiscipline. La Petite Revue de l’Indiscipline, n° 134, février 2005 (BP 124, F42190 Charlieu ; 40 p., 3,40 €). « Sébastien », qui signe la plupart des articles de cette « revuette », n’aime pas la « novPoésie » (de Queneau à Roubaud), mais l’ultra-sensibilité ne lui plaît guère non plus. Ses remarques sur ce sujet dérivent d’un débat avec une autre petite revue, Les Cahiers de l’Alba, à propos de la question de l’émotion chez Baudelaire, Musset, Rimbaud ou Breton. Ce dernier en ressort comme plus proche de Musset que de Rimbaud. Sébastien récidive dans « Ô Rolla ! », placé sous l’égide de Rimbaud. : « Musset est quatorze fois exécrable pour nous ». Il enfonce enfin le dernier clou du cercueil dans une « lettre ouverte à Alfred de Musset ». Maurice Hénaud polémique de son côté avec Le Coin de Table, accusé de récupérer Baudelaire. Bref : tout va bien dans le petit monde de la poésie. »
Nous appartiendrions au petit monde de la poésie, et eux, je le suppose, à je ne sais quel grand monde des revues dignes de ce nom. Faut-il penser que ces grands seigneurs nous font beaucoup d’honneur en nous citant, et que l’indiscipline elle-même devrait s’en montrer satisfaite ? Pour ma part, je ne vois pas quelle grandeur il peut y avoir à ne pas tenir compte des arguments avancés, et même à éviter de mentionner de manière précise les questions traitées.
Par le mot de polémique, Histoires Littéraires voudrait apparemment discréditer notre ami Maurice Hénaud, en se gardant bien de mentionner l’objet de la controverse et l’enjeu du débat. Le Coin de Table récupère Baudelaire parce que cette revue l’annexe à ce qu’elle appelle « la poésie du cœur », alors que Baudelaire a très clairement distingué le cœur de l’Imagination, la Reine des Facultés.
De même, plus haut, Histoires Littéraires a mentionné « la question de l’émotion chez Baudelaire, Musset, Rimbaud ou Breton », mais a évité soigneusement de dire que, selon nous, Baudelaire et Rimbaud défendent une conception fondée sur l’imagination, au contraire de Musset et Breton, qui confondent un peu trop la poésie avec l’émotion et l’amour.
Histoires Littéraires dit bien que nous n’aimons pas la « novPoésie » (de Queneau à Roubaud), non plus que « l’ultra-sensibilité ». Les mots d’aimer et de plaire permettent d’éviter de mentionner les arguments, et de faire oublier qu’il s’agit de critique. Et, là encore, Histoires Littéraires évite de citer le mot imagination, comme si cette dernière n’existait pas, et qu’il n’y avait pas d’autre choix possible que la sentimentalité ou le formalisme hyper-intellectualisant.
Pour Musset, je clouerais le dernier clou de son cercueil. Fort bien. Mais Rimbaud avait-il raison de critiquer Musset ? Histoires Littéraires ne semble pas tenir compte des arguments avancés, ni de toutes les allusions aux poèmes de Musset que le savant rédacteur aurait peut-être pu repérer dans ma Lettre ouverte.
La bonne volonté d’Histoires Littéraires n’est pas en cause, puisqu’ils mentionnent même notre numéro 150. Et voici comment :
« Indiscipline. La Petite Revue de l’Indiscipline, n° 150, automne 2006 (BP 124, F42190 Charlieu ; 40 p., 3,40 €). Le volume extraordinaire (quarante pages !) de ce numéro 150 s’explique en tant qu’il s’agit d’un numéro quadruple (selon le calcul de Guenarro Solvi, le chiffre 10 serait à ne dépasser en aucun cas pour une revue trimestrielle : on n’est pas étonné de voir l’indiscipline donner le mauvais exemple). S’agit-il pour autant de sujets légers ? Qu’on en juge : « Verlaine, la destruction de l’enfer… et Rimbaud ! » (Jean Donat) ; Rimbaud : des secrets pour changer la vie ? » (Maurice Hénaud). Et d’autres. »
Les sujets traités sont sérieux, mais alors, pourquoi perdre quelques lignes dans des considérations sur le nombre de pages, sinon pour éviter de dire, par exemple, qu’il est question, dans l’essai de Jean Donat, de la prétendue « copie » que Rimbaud aurait donnée de Crimen amoris. Selon l’idée communément admise, Rimbaud aurait simplement recopié un poème de Verlaine. Mais l’original de cette prétendue copie n’existe pas, du moins pas pour toutes les strophes et tous les vers du poème. Jean Donat montre, avec des arguments sérieux, que Rimbaud a corrigé et remanié une version du Crimen amoris de Verlaine, pour la rendre plus conforme à ses propres conceptions. Si le sujet n’est pas léger, la manière dont le chroniqueur d’Histoires littéraires en rend compte ne ressemble-t-elle pas à un survol très rapide de la question traitée, et par temps de brouillard ?
Alors que d’autres revues nous ignorent complètement, Histoires littéraires mentionne ainsi nos numéros 161 et 165 :
« Rimbaud (1). La Petite Revue de l’Indiscipline, n° 161 et 162, septembre 2007 (B.P. 124, F42190 Charlieu ; 80 p., 3,40 € chaque). Ces deux fascicules sont, pour la quasi totalité, consacrés à une étude de Maurice Hénaud, « Rimbaud : des secrets pour changer la vie ? », récrivant une version antérieure déjà parue dans la même « revuette ». Fragments de l’interminable questionnement qu’opère tout lecteur d’Une Saison en Enfer. Beaucoup, beaucoup de citations. »
Beaucoup de citations, peut-être, mais Histoires Littéraires semble éviter de se prononcer sur ce qui devrait paraître plus important : ces citations sont elles appropriées à la question traitée, et jouent-elles un rôle essentiel de preuves, ou ne figurent-elles là qu’à titre de décoration inutile ?
Quant au questionnement, Maurice Hénaud prétend rendre très claires les réponses que Rimbaud a données, dans Une Saison en Enfer, à la question, posée par Vierge folle, de « secrets pour changer la vie ». Pour ne pas alourdir cet article déjà long, je renvoie en particulier à la page 3 de notre numéro 161. Le mot questionnement, qu’emploie le chroniqueur d’Histoires littéraires ne lui permet-il pas d’éviter, habilement, certes, de mentionner les réponses apportées ?
J’arrive maintenant au compte rendu dans lequel Histoires Littéraires semble vouloir reconnaître partiellement nos mérites, mais malheureusement dans une catégorie non seulement petite, mais même minuscule : le bonsaï (Histoires Littéraires ou leur logiciel écrivent ce mot avec un z).
« Bonzaï. La Petite Revue de l’Indiscipline, n° 104, printemps 2003, Jacques Roubaud, numéro spécial (Christian Moncel, B.P. 124, F42190 Charlieu ; 22 p., 1,70 €). Dans son dernier numéro spécial et « supplément satirique » au précédent, entièrement rédigé par Sébastien, la « revuette » de poésie s’en prend à Jacques Roubaud. Le poète et ses thuriféraires sont étrillés avec une vacherie aussi rigolote que partiale, qui culmine dans un récit de rêve où le chroniqueur comparaît devant les juges des Enfers, qui le convainquent d’incompétence et d’ignorance. Néanmoins, et au risque de s’attirer les foudres de Sébastien, nous répétons avec certains de ses contradicteurs que sa notion de quête poétique véritable est du toc », dès lors qu’elle entend imposer un courant (la poésie versifiée, par exemple) contre d’autres, et surtout quand elle motive des attaques ad hominem immatures, comme tels jeux épigrammatiques sur le nom de Prigent et Roubaud dans des livraisons antérieures. Sur ce point, nous renvoyons aux chroniques déjà consacrées à la PRI ou au Coin de Table, mais pour quitter ce débat et aborder le travail de Moncel sous un autre jour, on gagnera à se reporter à l’essai d’Alain Dumaine sur Baudelaire et la Réalité du Mal, notamment à la page 25, où l’éditeur s’avoue « inventeur de destins » : il crée, comme Pessoa, des hétéronymes, dont Alain Dumaine, et, si nous comprenons bien, Sébastien et Maurice Hénaud. Dans cette construction énonciative complexe, le discours des uns et des autres devient décalé, et les partis pris ou l’aspect monologique des affirmations demandent, sans doute, à être davantage suspectés par le lecteur. »
Le numéro Jacques Roubaud (104) serait-il le seul numéro pour lequel nous n’aurions pas perdu complètement notre peine ? Le Chroniqueur de Poésie au Tribunal des Enfers est peut-être une de mes meilleures satires, je ne vais pas me donner le ridicule de contredire Histoires Littéraires sur ce point, mais j’éprouve une certaine gêne quand je pense aux œuvres de Jean Donat et de Maurice Hénaud publiées dans notre revuette, et qui dépassent de beaucoup les miennes, et dans des genres plus difficiles.
Le reproche d’immaturité semble m’être lancé de façon à me faire réagir.
Aurais-je paru intellectuellement et poétiquement mûr, si j’avais déclaré : « Roubaud est l’égal de Rimbaud » ? Et fallait-il écrire : « Christian Prigent est intelligent à cent pour cent » ? Mais de qui pourrais-je le dire ? Moi-même, je le suis tout au plus à 99 pour cent, parce qu’il me manque peut-être une case, je le reconnais bien volontiers. Mais j’attire tout de même l’attention des rédacteurs d’Histoires Littéraires sur les 99 autres.
Il est vrai qu’Histoires Littéraires ne craint pas de mentionner Alain Dumaine, et son essai Baudelaire et la Réalité du Mal, que notre revuette diffuse. Pessoa, les hétéronymes, et le dialogue de divers personnages, tout cela est fort bien. Mais, comme le rédacteur du compte rendu ne parle pas du reste, ne donne-t-il pas l’impression de vouloir éluder les questions soulevées par l’essai d’Alain Dumaine ?
La dédicace des Paradis artificiels est-elle inintel-ligible, comme le prétendent les critiques biographiques, parce que la question de l’identité de la dédicataire n’a pas reçu de solution ? et que seule l’identité de la dédicataire permettrait de comprendre le texte de la dédicace ? – Ou bien la signification du texte de la dédicace se trouve-t-elle dans le texte même de la dédicace, si l’on est capable de le comprendre ? (C’est la conception que soutient Alain Dumaine, arguments à l’appui).
Une deuxième question est peut-être encore plus importante. Baudelaire laisse entendre que comprendre la raison de la dédicace, c’est comprendre Les Paradis artificiels, ainsi que ses autres livres. A l’inverse, qui ne comprend pas la raison de la dédicace ne saurait, si nous suivons le raisonnement de Baudelaire, bien saisi par Alain Dumaine, ni comprendre Les Paradis artificiels, ni même peut-être « un livre quelconque » !
Peut-on comprendre Les Paradis artificiels et les autres œuvres de Baudelaire sans comprendre la dédicace des Paradis artificiels ? C’est en somme le questionnement que les rédacteurs d’Histoires Littéraires, et plus généralement ceux qui se mêlent d’écrire sur Baudelaire, devraient méditer. Mais peut-être ne le veulent-ils pas, et préfèrent-ils se contenter de mentionner La Petite Revue de l’Indiscipline, tout en négligeant de se soucier des contenus de nos publications.
Éluder les questions, serait-ce la bonne façon de rendre l’indiscipline inopérante, et de se maintenir dans la grandeur ?
*
J’ai montré mon article à Maurice Hénaud pour avoir son avis. Après l’avoir lu, il m’a dit : « Je ne suis pas certain que cet article servira à quelque chose. Tu énonces quelques vérités, c’est vrai, mais l’article est trop long. A ta place, je ne publierais dans un premier temps que ce qui se rapporte au compte rendu relatif à l’essai de Jean Donat : Verlaine, la destruction de l’enfer…et Rimbaud ! Il faut faire court. Crois-tu que les gens en général, et même les rédacteurs d’Histoires Littéraires, aient beaucoup de temps à perdre avec un bavard tel que toi ?
– Trop long ? Mais j’ai déjà supprimé toute la partie relative à la prétendue partialité et à l’Anthologie de la Poésie Française dans la Pléiade !
– Eh bien, dans ce cas, continue, continue, continue, il faut peut-être que l’indiscipline continue jusqu’à la fin des temps !
– En attendant, permets-moi d’aller me coucher, car, après la fatigue que m’ont donnée la rédaction et la mise au net de mon article, j’ai besoin de repos. »
Sébastien
____
Note du 1er mai 2011
Inédit Nouveau (av. Chant d'Oiseaux, 11, - B 1310 La Hulpe, Belgique) et Paul Van Melle rendent compte de nos numéros 181 et 185 de la manière suivante:
"Je prends l'occasion de La Petite Revue de l'Indiscipline 181 et 185 pour compenser un peu (qu'il ne traite pas souvent de psychanalyse) grâce à Michel Valtin, qui parle excellemment de Freud pour "la conquête de la biographie" et "Freud et Léonard". Impossible d'être plus franc en préférant, ô honte, Rousseau, Nerval, Poe, Goethe et Montaigne au Viennois. "Suffirait-il de rajouter le génie à tel ou tel névrosé pour obtenir un Léonard?" Quelle bonne question! Et quand Léonard se revendique de la seule expérience en réponse aux critiques l'accusant de contredire certains pontes, je jubile. Et ce rappel de Montaigne quand Freud veut "tout reconstruire conformémént à sa pensée"! Bravo Valtin, de la part d'un ignorant."
Merci de ce compte rendu. Précisons toutefois que les critiques que Michel Valtin propose au sujet de Freud se rapportent à des points particuliers, et ne sont absolument pas un rejet global de toutes les conceptions de l'inventeur de la psychanalyse.
Notre numéro 173, Qu'est-ce que le don artistique ? (avril 2009)
Paul Van Melle écrit au sujet de notre dernier numéro (dans Inédit Nouveau, av. Chant d'Oiseaux, 11, - B 1310 La Hulpe, Belgique) :
"J'ai toujours bien aimé La Petite Revue de l'Indiscipline et son n° 173 me confirme que cette équipe étrange (pleine de pseudonymes et de masques) est une des meilleures chances de réfléchir loin et profond dans des tas de domaines littéraires et paralittéraires. Question : "Qu'est-ce que le don artistique ?", mais que la réponse est difficile, surtout si l'on ajoute "critique des conceptions de Freud". (...) on sait déjà que la psychanalyse n'est pas vraiment ma tasse de thé" (...) C'est dire que la contradiction doit me plaire. Par exemple lorsque Freud écrit qu'"en germe, l'artiste est un introverti qui n'est pas loin de la névrose". Valtin s'insurge : "Freud ne se fait-il pas une représentation complètement fausse de l'artiste ? De quel type d'artiste parle-t-il ? Les acteurs et les actrices de théâtre sont-ils des introvertis ? De même que le peintre étudie les aspects que présentent la nature, les animaux, ainsi que les attitudes, les mouvements du corps et les expressions du visage des êtres humains, le romancier ne tourne-t-il pas son regard vers le monde et le spectacle du monde ? Balzac et Voltaire sont-ils, en germe, des introvertis ?" On ne pouvait me faire plus plaisir ! Quant aux poèmes de Gabriel Le Gal et Alain Crozier, ils sont parfaitement convaincants dans leur abord très réaliste et direct."
Michel Valtin s'est dit très heureux d'avoir fait plaisir à Paul Van Melle. Peut-être faut-il toutefois ajouter qu'il ne voudrait pas être rangé dans la catégorie des opposants à Freud. Michel Valtin ne conteste pas l'apport de Freud à la compréhension des névroses (voir p. 4 de ce numéro). Il ne conteste pas non plus radicalement l'importance accordée par Freud à la petite enfance pour le développement de l'être humain (p. 6). Ni non plus l'analyse que Freud fait de la rêverie (voir p. 20). Il ne s'agit pour Michel Valtin que de critiquer les conceptions de Freud sur certains points précis, comme ceux qui sont relatifs à ce que Freud appelle "le don artistique".
Dans son numéro de novembre 2008, Le Coin de Table (11 bis rue Ballu, 75009 Paris) écrit au sujet de notre numéro 169 :
"Après des poèmes de Gabriel Le Gal, deux articles de Maurice Hénaud à partir des Marchands de Sommeil du philosophe Alain (1904) et d'un récent article à ce sujet de Louis Van Delft, le tout sur l'enseignement. Tout cela n'est pas très clair, mais a le grand mérite d'inciter à relire Alain, exemple, hélas si rare, d'un professeur éminent sachant écrire des choses essentielles lisibles par tous."
Ce qui n'est pas très clair, pour Le Coin de Table, serait-ce qu'Alain tenait à ses élèves le langage de la raison et de l'intelligence, non celui de la sentimentalité ?
Dans un article de notre numéro 164, L'émotion en poésie !, article intitulé "La poésie du coeur !". Le Coin de Table récupère Baudelaire, Maurice Hénaud a critiqué fermement, rappelons-le, la déclaration suivante du Coin de Table :
"La poésie que nous aimons parce qu'elle nous touche, c'est encore et toujours celle qui suscite en nous l'émotion. celle que symboliquement nous appelons la poésie du coeur."
Maurice Hénaud répondait notamment ainsi :
"Baudelaire distingue expressément la sensibilité de coeur et la sensibilité de l'imagination :
"La sensibilité de coeur, écrit-il, n'est pas absolument favorable au travail poétique. Une extrême sensibilité de coeur peut même nuire en ce cas."
La sentimentalité peut nuire à l'exercice de l'intelligence, y compris dans le travail poétique. Est-ce suffisamment clair ?
Maurice Hénaud s'efforce lui aussi d'écrire des choses essentielles lisibles par tous, et, je l'espère, compréhensibles par tous (du moins lorsqu'il s'agit de l'enseignement et d'Alain). Il écrit dans notre numéro 169 :
"Le rôle spécifique du professeur de littérature française, de langues, d'histoire ou de philosophie, c'est donc, selon moi, la formation de l'esprit et de l'intelligence.
La famille et l'entourage des élèves (dans certains cas le curé, le pasteur, l'imam ou le rabbin) tenteront de leur transmettre telle religion ou telle croyance. Alain tenait aux éléves un autre langage :
"Anaxagore disait : "Tout était confondu ; mais l'intelligence vint, qui mit tout en ordre" ; c'est vrai. En chacun de vous, à mesure qu'il s'éveille, l'intelligence vient ; (...) Ne vous lassez pas d'examiner et de comprendre."
Pas davantage qu'Alain, Maurice Hénaud ne tient à ses lecteurs le langage de la sentimentalité.
Sébastien.
Voici ce que dit Paul Van Melle, dans Inédit nouveau, de notre numéro 169 :
"Après cette décharge de mon adrénaline, je me suis consolé en prenant un plaisir sans mélange à la lecture d'un minirecueil de poèmes de Gabriel Le Gal, exception dans les articles de réflexion de La petite revue de l'indiscipline 169. Dans ce bulletin c'est une véritable mutation, car les textes de création ne font pas partie des principes de la publication. Mais comment auraient-ils pu refuser des textes de cette qualité ? Cela me fait penser à la trahison de nos principes lorsque nous acceptons de publier des espoirs pleins de bonne volonté ! Dans la même livraison, Maurice Hénaud s'attaque à l'enseignement tel que le critiquait Alain dans son ouvrage "Les Marchands de Sommeil" en 1904. Rien à voir avec les proprios de taudis d'aujourd'hui, mais tout de commun avec les dérives actuelles de l'"Education Nationale". Que voilà qui devrait inspirer feu nos instits et profs belges ! (BP 124, F42190 Charlieu)"
(Inédit nouveau, 223, Paul Van Melle, 11, avenue Chant d'oiseaux, B1310 La Hulpe).
N.B. Je suppose que c'est "les successeurs de feu nos instits et profs belges", que Paul Van Melle a dû vouloir dire, car les instits et profs belges n'ont pas tous disparu, je l'espère. (M.H.)
09:55 Publié dans La Petite Revue de l'Indiscipline dans les revues | Lien permanent | Commentaires (0)
27/05/2008
Gabriel Le Gal
GABRIEL LE GAL
___
Nous avons publié des Poèmes de Gabriel Le Gal dans nos numéros 143 (pages 3 à 12), 158 (pages 21 à 25), 165 (pages 74 à 80), 169 (pages 3 à 22) et 173 (pages 31 à 39).
Dans notre numéro 110, Le Haïku, nous avons publié deux articles de lui, Propos sur le haïku et Issa.
Dans notre numéro 122, Philippe Jaccottet et la poésie française du XXème siècle, nous avons publié L’Avis de Gabriel Le Gal, réponse de ce poète à un article de Maurice Hénaud, intitulé Jaccottet, Follain et le haïku, paru dans notre numéro 110.
Gabriel Le Gal a obtenu trois prix littéraires :
Prix Etienne de la Boétie, 1998, à Bourg-la-Reine pour le recueil "ECRIRE, PEINDRE", Ed. Mille et un jours,
Prix ANDRE SEVEYRAT, 2001, des Ecrivains Rhône-Alpes pour le recueil "FAITS ET GESTES", Ed. Poésie Rencontres,
Prix DES BEFFROIS, 2007, pour "D'UN ENCRIER A PETIT GOULOT", à paraître en novembtre 2008.
Quelques poèmes de Gabriel Le Gal
Parfois le jour s’apaise
La lumière se fait plus douce
La verdure
N’accable plus la verdure
Il y a de la respiration
Entre les étages des feuilles
Le cœur va moins vite
On n’attend plus
Tout est là sans peser
un dire juste aussi
advient
qui rassemble (pour combien de temps ?)
le monde
____
Tout durcit
Tout finit par durcir
Nos cœurs
Même nos femmes
Et nous n’avons jamais réussi
A arrêter le printemps
____
Ce monde foisonnant
J’en connaîtrai si peu
Lorsque je partirai
Serai-je encore
Plein de désir ?
Ou mourrai-je de la fièvre
Des comblés ?
_____
Ce pays de montagne où il s’était aventuré
S’était refermé sur lui
L’enserrait
Comme un réseau de barbelés
Et il était renvoyé ballotté d’un village à l’autre
Sur les routes étroites et luisantes de gel blanc
Son vélo dérapait
Les villages étaient déserts
Les téléphones étaient sourds il sut alors qu’il n’en re-
viendrait jamais
Qu’il ne pourrait jamais revenir
Condamné à vieillir et peut-être à mourir
Dans cette contrée
Inhospitalière
Et à jamais loin de son « chez soi »
_____
GABRIEL LE GAL ET NOTRE REVUETTE
Contrairement aux auteurs inventés de Christian Moncel (voir la Catégorie « auteurs inventés » sur ce blog), Gabriel Le Gal existe en chair et en os. Il est un des auteurs réels qui, dans ce roman qu’est La Petite Revue de l’Indiscipline, côtoient des auteurs fictifs (mais dont les œuvres sont bien réelles), comme Sébastien, Maurice Hénaud ou Jean Donat.
Gabriel Le Gal recherche avant tout le « ton juste », et, en général, il le trouve. Sa poésie n’a absolument rien à voir avec les courants que certains d’entre nous contestent : la poésie formaliste, que Sébastien appelle « hyper-intellectualisante », ou la poésie exagérément sentimentale. Dans une époque qui cède trop volontiers à l’insignifiance voulue et recherchée, ou à la banalité involontaire, les poèmes de Gabriel Le Gal représentent pour nous une poésie digne de retenir l’attention.
Bibliographie et
Gabriel LE GAL sur internet :
http://auteurs.arald.org > Gabriel Le Gal
http://www.uera.net > les membres > Gabriel Le Gal
Un compte rendu élogieux a été donné, par Paul Van Melle, dans Inédit nouveau, des poèmes de Gabriel Le Gal que nous avons publié dans notre numéro 169. Voir, sur ce blog, dans la catégorie "La Petite Revue de l'Indiscipline dans les revues", notre note intitulée "Notre numéro 169".
12:03 Publié dans Gabriel Le Gal | Lien permanent | Commentaires (0)
Auteurs inventés
Auteurs inventés
Les auteurs inventés de Christian Moncel
Christian Moncel, né en 1945, a d’abord écrit et publié, sous son propre nom, des poèmes, des articles (en particulier dans La Tour de Feu, à partir de 1972) et des essais sur Baudelaire, sur Rimbaud et sur la création poétique.
Vers 1990, à la lecture de Pessoa, il découvre qu’un auteur est un groupe de virtualités. Il décide alors de donner une existence littéraire à un certain nombre de virtualités qui se trouvent en lui. Il remanie ses œuvres antérieures pour les faire correspondre à la personnalité des auteurs qu’il invente.
Depuis 1994, il s’occupe de La Petite Revue de l’Indiscipline, dans laquelle il publie auteurs réels et auteurs inventés.
Christian Moncel est membre de l’UERA (Union des Écrivains Rhône-Alpes), il est répertorié sur le site et dans les publications de cette association.
Pessoa distingue clairement la notion d’hétéronyme de celle de pseudonyme. Il écrit dans sa Table bibliographique. Fernando Pessoa (1928) :
« Ce qu’écrit Fernando Pessoa appartient à deux catégories, que nous appellerons œuvres orthonymes et hétéronymes. On ne peut pas parler d’anonyme ou de pseudonyme, car ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Dans le cas du pseudonyme, l’œuvre est de l’auteur en personne, mais signée d’un nom qui n’est pas le sien ; l’œuvre hétéronyme est de l’auteur hors de sa personne, elle est d’une individualité complète, forgée par lui, comme le seraient les tirades d’un personnage dans un drame de lui. »
Christian Moncel se veut disciple de Fernando Pessoa, mais, à la différence de son maître, il ne publie pas d’œuvre sous son propre nom. Il préfère aussi, pour son propre cas, parler d’auteurs inventés plutôt que d’hétéronymes. Le mot hétéronyme lui paraît ambigu : il laisse penser qu’Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Álvaro de Campos et Bernardo Soares sont encore, tout simplement, Pessoa sous un autre nom. Mais s’ils sont « hors de sa personne », si leur « individualité complète » a seulement été forgée par Pessoa, et si leur personnalité est différente de la sienne, ils se distinguent entièrement de leur inventeur, et non pas seulement par leur nom.
A la question : « les auteurs inventés de Christian Moncel sont-ils ses œuvres, ou sont-ils lui-même ? », la réponse à donner est claire : ce sont ses œuvres, eux et leurs productions littéraires (et non pas seulement ces dernières). On objectera peut-être que les auteurs de Christian Moncel n’ont pas encore publié tous leurs ouvrages, et que leur inventeur n’a pas encore complètement établi leur biographie. Toutefois, l’œuvre en cours continue à se construire, et voici une petite partie de ce que l’on peut dire, à l’heure actuelle, au sujet des principaux auteurs inventés par Christian Moncel, et de leurs productions.
Jacques SIBOUR (1946-1986). Auteur d’un recueil de poèmes en prose, Les Fleurs du Jardin détruit, dont quelques-uns ont paru dans des numéros de La Petite Revue de l’Indiscipline.
Alain DUMAINE (mort en 1995). Il a écrit des essais sur Baudelaire et sur Rimbaud :
Baudelaire, les poisons et l’Inconnu, publié sous le nom de Christian Moncel (1972).
Rimbaud, ou l’Avenir de la Poésie, publié sous le nom de Christian Moncel (1972). Republié sous le nom d’Alain Dumaine par La Petite Revue de l’Indiscipline (numéro 37), en 1997.
Rimbaud et les formes monstrueuses de l’amour, publié sous le nom de Christian Moncel (1980).
Baudelaire et la Réalité du Mal, publié sous le nom d’Alain Dumaine en 1993.
Rimbaud ou le renoncement à l’idéal baudelairien, publié, sous le nom d’Alain Dumaine, par les soins de Jean Donat dans La Petite Revue de l’Indiscipline (numéro 41), en 1997.
Les ouvrages d’Alain Dumaine ont fait l’objet de comptes rendus élogieux par Antoine Fongaro dans Studi francesi (1974, 1982 et 1995). Des extraits de ces comptes rendus sont donnés dans nos Catalogues et sur le site de Christian Moncel :
http://christian.moncel.free.fr
A propos de la composition et du style des premières œuvres d’Alain Dumaine, voir la Note au sujet d’Alain Dumaine et de Christian Moncel, publiée à la fin de la rubrique à propos, qui se trouve en haut, à gauche, sur ce blog.
André RIVOL. Il a publié, sous le nom générique de Christian Moncel, quelques poèmes en prose (Poèmes, 1977), Exposé de Poétique, 1 (1977) et Exposé de Poétique, 3 (1980).
L’Exposé de Poétique, 1 comporte deux parties :
1. La création poétique
2. Henri Poincaré et l’invention mathématique
Cet ouvrage a fait l’objet d’un compte rendu élogieux par Pierre Somville dans la Revue philosophique, en décembre 1979. On peut lire des extraits de ce compte rendu dans notre Catalogue.
Jean DONAT. Disciple d’Alain Dumaine. Il a publié, en 1995, dans Parade sauvage, revue d’études rimbaldiennes :
Rimbaud, la critique universitaire et le point de vue d’un poète (I. Les éditions critiques de Rimbaud et les cligneurs d’œil. – II. Les éditions critiques de Rimbaud et le piège d’une excessive prudence).
Auteur, avec Maurice Hénaud, de Rimbaud et la Modernité : science, sagesse et progrès, publié dans La Petite Revue de l’Indiscipline (numéro 146).
Dans le numéro 150 de cette même revue, il a aussi publié : Verlaine, la destruction de l’enfer…et Rimbaud ! Il montre dans cet ouvrage que, dans ce qu’il est convenu d’appeler la « copie de Rimbaud » de Crimen Amoris, l’auteur d’Une Saison en Enfer a corrigé, remanié et transformé le poème de Verlaine pour le rendre plus conforme à ses propres conceptions.
Jean Donat est l’auteur d’un conte en prose inédit : L’Homme-oiseau.
Maurice HÉNAUD. Il a publié notamment :
Claudel récupérateur de Rimbaud (La Petite Revue de l’Indiscipline, numéro 140). Cet ouvrage a fait l’objet d’un compte rendu dans la revue Raison Présente.
Royauté, ou la conclusion des Illuminations (Jean Donat a écrit un chapitre de cet essai).
Verlaine, admirateur de Baudelaire, ou l’esthétique réduite au strict minimum (La Petite Revue de l’Indiscipline, numéro 158).
Rimbaud : des secrets pour changer la vie ?, I et II (La Petite Revue de l’Indiscipline, numéros 161 et 165).
Maurice Hénaud a aussi publié des articles sur Alain (dans nos numéros 88 et 169). L’article paru dans notre numéro 88 (Un Colloque sur la page blanche. - Alain, professeur de philosophie et écrivain) a été mis en ligne sur le site des Amis d’Alain :
Maurice Hénaud est l’auteur de Philippe Jaccottet et la poésie française du XXème siècle (voir notre numéro 122), et d’un poème en prose, La Révélation, publié dans le même numéro. Dans la revue A l’Index, il a publié : Philippe Jaccottet et André Breton. - Une double illusion possible. Admirateur de Michaux, il a publié un article sur cet auteur dans la revue Diérèse.
Maurice Hénaud a publié un article détaillé et élogieux sur Artistes sans Art ?, de Jean-Philippe Domecq (dans notre numéro 49 : L’Art contemporain ? - C’est au fond de l’impasse.)
Il a collaboré à de très nombreux numéros de notre revuette. Voir la page qui le concerne sur notre site :
http://christian.moncel.free.fr
Sébastien.
Il écrit de petits poèmes et des chroniques. Voir les pages qui se rapportent à lui sur notre site mentionné ci-dessus.
Ses meilleures chroniques satiriques sont probablement : Le Chroniqueur de Poésie au Tribunal des Enfers (dans notre numéro spécial, 104, Jacques Roubaud) (cette chronique a fait l’objet d’un compte rendu élogieux dans la revue Histoires littéraires) et Pour saluer l’arrière-garde ! (dans notre numéro 126).
Auteur, avec Maurice Hénaud, de notre numéro 100, Réda, Ponge, Jaccottet. - L’Anthologie de la Pléiade.
Il a écrit La Petite Revue de l’Indiscipline en marche (1994-20..), publié en partie dans notre Catalogue.
Bernard FLOURET. Il est l’auteur de Défense de Fernando Pessoa, dont des extraits ont paru dans cinq de nos numéros, en particulier dans Pessoa l’indisciplineur, numéro 33 ; Pessoa, un raté à la manière de Shakespeare ?, numéro 68 ; Pessoa, Bernardo Soares et le Baron de Teive, numéro 72.
Michel VALTIN a publié l’article : Fernando Pessoa, l’indisciplineur dans notre numéro 33. Ce petit essai est l’introduction la meilleure, à ce jour, de ce que l’on pourrait considérer comme la théorie de l’indiscipline telle que nous la concevons. Par ailleurs, Michel Valtin est un grand admirateur de Goethe et de Léonard de Vinci. Dans notre numéro 173, il a publié des extraits d'un livre à paraître : Qu'est-ce que le don artistique ? (critique des conceptions de Freud).
François BORON. Fondateur, avec Recto, de La Petite Revue de l’Indiscipline. Auteur principal, avec Michel Valtin, de Pour saluer Casse, dont on peut lire des extraits sur notre site (en suivant le chemin : Version précédente du Site> L’indiscipline en quelques citations> Extraits) :
http://christian.moncel.free.fr
12:01 Publié dans Auteurs inventés | Lien permanent | Commentaires (0)